Par Valérie Grumelin, psychanalyste à Paris depuis plus de trente ans. 13 octobre 2026.
« Nous ne savons plus de quoi demain sera fait. » Je l'entends sans cesse dans mon cabinet. La peur de l'avenir touche aujourd'hui tous les âges. Climat, guerres, intelligence artificielle, métiers qui disparaissent : l'incertitude s'installe comme un climat permanent, alors comment apprendre à la supporter. Cette capacité psychique se travaille, comme toute autre.
Ce que l'histoire nous apprend sur les crises
Chaque grande époque a cru vivre sa fin. Cependant, un monde nouveau en est chaque fois sorti. La Peste noire a ravagé l'Europe au XIVe siècle, puis la Renaissance a suivi. L'imprimerie a d'abord semé le chaos, ensuite elle a offert la lecture au plus grand nombre. La révolution industrielle a épuisé des générations d'ouvriers, avant de faire naître l'école obligatoire et les lois sociales.
Ainsi, personne n'a jamais su imaginer la suite. Notre difficulté à nous représenter demain ne prouve donc pas qu'il sera sombre. Toutefois, les transitions ont un coût humain, et les liens, la transmission et le soin aident à les traverser.
Anxiété face à l'avenir : le regard du psychanalyste
Une sécurité intérieure qui se construit tôt
L'incertitude du monde fait rarement peur pour elle-même. En réalité, elle réveille des insécurités plus anciennes. Le tout-petit découvre très tôt qu'il ne contrôle rien : la mère part, puis elle revient. Quand ce lien reste assez fiable, l'enfant comprend que l'absence n'est pas l'abandon. Ainsi se construit la sécurité intérieure.
Quand une vieille peur se réveille
Lorsque cette base a été fragile, chaque crise collective frappe à la même porte. L'adulte réagit alors à une vieille peur qui n'a jamais trouvé de mots. C'est pourquoi deux personnes face au même événement vivent l'une une inquiétude passagère, l'autre une véritable sidération. Le travail thérapeutique ne cherche donc pas à rassurer à tout prix. Il identifie ce qui, dans l'angoisse présente, appartient au stress du passé.
Stress, dépression, stress post-traumatique : les signes qui doivent alerter
Quand l'inquiétude s'installe
L'inquiétude est normale. Néanmoins, elle devient un signal lorsqu'elle envahit la vie quotidienne. Un sommeil perturbé depuis plusieurs semaines, une fatigue persistante, une perte d'élan et une irritabilité inhabituelle méritent votre attention. De même, le besoin de consulter les nouvelles en boucle, ou au contraire de tout fuir, doit vous alerter.
Le risque de dépression et de stress post-traumatique
Ces signes ne traduisent aucune faiblesse. Ils montrent que le psychisme porte plus qu'il ne peut contenir seul, il est saturé. En parler tôt, des images, des cauchemars ou des sursauts liés à un choc vécu signalent un possible stress post-traumatique., et évite que l'inquiétude ne glisse vers la dépression.
Comment gérer l'angoisse de l'incertitude : six étapes pour retrouver un sol stable
Supporter l'incertitude ne signifie pas tout accepter. Il s'agit de retrouver un sol intérieur stable quand le monde bouge. Voici le chemin que je propose en consultation.
D'abord, distinguez ce qui dépend de vous. L'actualité mondiale vous échappe, mais votre journée, vos liens et vos choix vous appartiennent. Ensuite, dosez l'information. Une ou deux consultations par jour suffisent, car l'exposition continue entretient l'alerte sans rien apporter. Troisièmement, mettez des mots sur votre angoisse. Une peur confiée à une personne qui écoute perd une partie de sa force, alors que ce qui reste muet se transforme en symptôme.
Puis, gardez des rituels : les repas, le sommeil et la marche donnent au corps la sécurité que l'esprit ne trouve plus dehors. Ensuite, retrouvez le fil de votre histoire. Comprendre d'où vient votre peur vous évite de la confondre avec la réalité présente. Enfin, créez. Écrire, peindre, chanter ou cuisiner constitue la réponse la plus ancienne de l'humanité au chaos.
Les parents jouent ici un rôle essentiel. Votre enfant n'a pas besoin d'un adulte sans peur, mais d'un adulte qui contient sa peur et en parle simplement.
Pour aller plus loin avec une thérapie
Si l'angoisse touche votre enfant ou votre adolescent, découvrez ma page sur les traumatismes psychologiques et le stress chez les enfants et ados. De plus, lorsqu'une peur ancienne ou un choc vécu resurgit, je vous présente mes TCC comme l'EMDR, une thérapie de déblocage des traumatismes.
Consulter une psychanalyste à Paris 17e ou en visio
Si l'incertitude vous pèse plus qu'elle ne devrait, ou si vous vous inquiétez pour votre famille, prenez rendez-vous. Je vous reçois au cabinet, 76 boulevard des Batignolles, Paris 17e, ou en visioconsultation. Ce premier entretien fait le point en décryptage de votre inquiétude, et clarifie ce que cette période réveille chez vous. Vous n'avez pas besoin d'être dans un profond malaise pour consulter : venir tôt aide souvent à éviter l'effondrement. Prenez rendez-vous dès aujourd'hui ou appelez le +33 6 60 56 08 06.
FAQ : questions fréquentes sur la peur de l'avenir
Est-il normal d'avoir peur de l'avenir ?
Oui. Cette peur constitue une réaction saine face à un monde instable. Elle devient un problème quand elle empêche de dormir, de travailler ou de faire des projets.
Comment aider un adolescent angoissé par l'avenir ?
Écoutez-le sans minimiser, dosez l'information et gardez des repères stables à la maison. Si l'angoisse persiste, un accompagnement spécialisé dans le stress et les traumatismes chez les ados l'aide à mettre des mots sur ce qu'il vit.
Quelle différence entre anxiété et stress post-traumatique ?
L'anxiété porte sur ce qui pourrait arriver. Le stress post-traumatique découle d'un choc déjà vécu, qui revient sous forme d'images, de cauchemars ou de sursauts. Dans ce cas, une thérapie comme l'EMDR aide à débloquer le traumatisme.
Combien de temps faut-il pour aller mieux ?
Cela dépend de chacun. Quelques séances suffisent parfois à retrouver un apaisement, tandis qu'un travail plus long pour certains, permet de comprendre ce que l'incertitude réveille de plus ancien.



